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© info241.com – Publié le 28 mars 2017 à 07h20min – L’ancien ministre délégué aux Finances Charles René M’ba, sénateur démissionnaire du parti au pouvoir depuis 1968 au Gabon était l’invité samedi dernier de l’émission « Et si vous me disiez toute la vérité » de TV5 Monde. L’expert-comptable gabonais revient sur sa sortie du PDG en y scrutant la crise post-électorale gabonaise née de la réélection controversée d’Ali Bongo Ondimba qui selon le natif du Woleu, n’est pas « légitime à organiser un dialogue politique des gabonais ou des législatives » au Gabon.

Sans pourtant omettre d’analyser la crise que traverse le pays et sur le dialogue national et les législatives que souhaitent organiser le régime contesté d’Ali Bongo. Sept mois que perdure la crise post-électorale gabonaise, pour l’ancien sénateur PDG du Woleu, Charles M’ba « le parti au pouvoir court vers l’impasse totale, du moment où il continue à soutenir Ali Bongo tout en constatant le départ des élus et cadres. Tout en précisant que le parti démocratique gabonais (PDG) ne sert plus à grand-chose dans ce pays ».

Les raisons de sa démission du PDG et son diagnostic sur le mandat d’Ali Bongo

Au cours de ce long entretien avec Mme Denise Epoté de TV5 Monde Afrique, il a été question aussi d’analyser la saignée du parti d’Omar Bongo. L’ancien ministre délégué aux Finances n’as pas mâché ses mots car pour lui : « Les soutiens apportés à Ali Bongo ne correspondaient pas à la réalité et je n’y avais pas ma place. En 2009 on nous a promis l’émergence du Gabon. On a promis la lutte contre la corruption. On a promis la dynamisation de la jeunesse. On a promis le développement des petites et moyennes entreprises. Et rien de tout cela n’est arrivé ».
Poursuivant ses explications sur les raisons de la perdition du parti au pouvoir, l’ancien directeur général des Marchés Publics a fait remarquer : « on a promis une gestion plus rigoureuse et plus séreuse des finances publiques. Et on n’en est très loin. Interpellé sur l’opération « Mamba » où les proches collaborateurs d’Ali Bongo ont été écroués, M. M’ba a indiqué que là aussi c’est toujours de la poudre aux yeux  ». Avant de préciser ce qui suit : « la lutte contre l’enrichissement illicite en Afrique est facile ou ailleurs. Si vraiment Ali Bongo prenait ce chemin de lutte contre l’enrichissement illicite, ils n’y auraient pas quelques lampistes qui seraient arrêtés au Gros Bousquet. Je pense que les rafles et là on pourrait parler de rafles seraient bien plus importantes. Non c’est de la poudre aux yeux  ».
En tant qu’ancien ministre et membre du parti créé par Omar Bongo, Charles M’ba a été questionné sur la mauvaise gestion de l’héritage du défunt président mort au pouvoir après 42 ans de règne par Ali Bongo, il a déclaré sans hésiter « Oui. Tout en convoquant son expérience d’expert-comptable, il a étayé que l’héritage c’est toujours deux choses : les actifs et les passifs. Chaque fois que quelqu’un dira que je prenne en compte que les actifs en ignorants les passifs il fera force route et il échouera. Et il échoue parce qu’il n’est pas en mesure, ou il refuse de prendre en compte l’héritage que lui a laissé son père ».

Le dialogue politique, les législatives et la sortie de la crise politique en question

Au sujet de la main tendue d’Ali Bongo à l’opposition gabonaise à travers son « dialogue national » dit inclusif et sur ses attentes au dit dialogue, le natif du Woleu n’est pas allé de main morte : « Moi, rien. Je n’entends rien de ce dialogue. Et je ne conseillerai personne d’y aller. Je fais partie de ce qui pense qu’il ne faut pas aller à un dialogue qui est illégitime. Je pense qu’Ali Bongo n’a aucune légitimité pour appeler au dialogue des gabonais ».
L’ancien cadre supérieur d’ELF puis de Total a rappelé que « Les 26 et 27 août dernier, les Gabonais ont voté à 2 sur 3 pour Jean Ping. Et c’est lui qui est le Président élu de la République gabonaise. C’est lui seul qui est fondé à tendre la main à qui que ce soit d’autre. Et notamment, à son perdant. L’inverse me parait une aberration qui est inacceptable ». Interpellé sur la voie à suivre pour sortir de la crise post-électorale, Charles M’ba a argumenté sans sourciller : « On sort de cette crise en respectant le verdict des urnes. Tout le monde, la terre entière reconnaît qu’au mois d’août dernier le vainqueur de la présidentielle c’est Monsieur Jean Ping ».
Sur la pression passive de la communauté internationale évoquant de ce que le camp de Jean Ping qualifie de « coup d’état militaro-électoral exécuté par Ali Bongo », l’ancien sénateur du département du Woleu a reconnu : « c’est vrai qu’il n’y a aucune pression directe. Mais moi j’ai confiance en la démarche entreprise par l’Union européenne. A 750 eurodéputés, ils ont voté à 90% pour que l’entourage d’Ali Bongo et lui-même fassent l’objet des mesures restrictives, des sanctions ciblées individuelles ou individualisées ». Avant de réaffirmer son optimisme sur l’issue de cette crise post-électorale au profit de Jean Ping : « Moi je crois que ces sanctions auront un impact significatif pour l’avenir du Gabon. Parce qu’il faut bien emmener ces hommes qui au fond confisquent le pouvoir des Gabonais aujourd’hui à céder la place à ceux qui sont élus pour exercer les responsabilités de l’Etat  ».
Sur l’avis qu’aurait eu son patriarche à l’issue de l’élection présidentielle du 27 août 2016 faisant résonance à l’exergue de son livre : « Gabon : la passion du pays » où il dédie entre autre cet essai politique à son père feu Lucien Ekomoe « qui lui a enseigné la République, l’État, la Patrie… » Charles Mb’a a dit « qu’il en aurait été très malheureux. Je crois que si je le suis un peu c’est à l’image des valeurs que j’ai reçues. La République, l’Etat c’est ce qui est au-dessus de nous. Et nous qui sommes les fils des fonctionnaires de la coloniale, nous sommes malheureux de voir le délaiement de l’État et de la République chez nous ».
Ainsi, va-t-il poursuivre « La République c’est la confiance. La République c’est l’autorité qui est la confiance. C’est-à-dire que les citoyens devraient avoir confiance dans leurs représentants, dans ceux qui assurent l’Etat, dans les lois de la République. Il ne faudrait pas comme on peut le constater aujourd’hui qu’il ne faut pas que la justice soit utilisée pour criminaliser des adversaires politiques. Mon père en serait très malheureux  ».
Sondé sur son opinion et ses attentes au sujet des législatives que souhaitent organiser le régime contesté d’Ali Bongo bien que cette échéance électorale soit admise par le calendrier constitutionnel, le sénateur démissionnaire du PDG a martelé : « Dans les circonstances actuelles, moi je n’en entends rien. Encore une fois, les élections législatives viennent naturellement après une élection présidentielle, mais encore faut-il que le président élu soit installé pour que ces élections législatives aient un sens  ».
Tout en précisant que : « Dans le cas particulier du Gabon aujourd’hui, quel crédit accordé aux élections législatives qui seraient supervisées par la commission électorale actuelle ? Qui validera sans doute, les élus du PDG qui ne représentent plus rien dans le pas. Quel crédit donner à une élection législative qui serait proclamé par une Cour constitutionnelle dont les Gabonais disent qu’elle est la Tour de pise. C’est-à-dire qu’elle penche toujours du même côté, celui du pouvoir d’Ali Bongo. C’est pourquoi je n’entends rien à ces législatives ».
En ce qui concerne le refus de laisser un champ libre au régime d’Ali Bongo, argument scandé par une partie de l’opposition gabonaise favorable à la participation des législatives, l’ancien sénateur du Woleu (2010-2015) a relativisé cette tentation en relevant que : « c’est le dilemme auquel nous sommes confrontés. A vrai dire, Jean Ping notamment a tout à fait raison qu’il faut que nous nous méfions de la chaise vide. En même temps nous devons rappeler que les circonstances de cette élection sont d’une situation ou d’un contexte qui n’est pas acceptable ». Et d’insister, « Bien sûr, il faudrait que nous nous préparons à y aller. Mais, il faut que nous disions que nous n’acceptons pas les conséquences et le contexte de cette élection-là ».

Échec des politiques de développement des pays en Afrique

A propos de l’échec du développement des pays africains après plus de 50 années d’indépendance, pour Charles M’ba «  la démocratie est une solution au développement pour nos pays parce qu’elle permettrait de changer des gouvernants. La démocratie permettrait d’opérer une alternance. Et si les gouvernants savent qu’ils doivent céder leur place, ils font un peu plus attention  ». Dans tous les métiers c’est pareil argumente-t-il, « quand vous êtes ministre des Finances et que vous avez peur que votre successeur trouve des cadavres dans des placards vous faites un peu plus très attention que vous si considériez que vous êtes là advitam aeternam. Le président Lee (Ndlr : Lee Myung-Bak, président de la Corée du Sud), avait dit pour développer son pays, il faut l’aimer. Et il faudra faire preuve d’abnégation. Il ne faut pas s’en servir  ».
Selon M. M’ba, «  nous sommes dans un contexte où malheureusement les fonctions politiques comme le disait le Président Gbagbo sont la porte d’entrée pour l’enrichissement personnel. On ne peut pas s’occuper de l’intérêt général quand on est préoccupé essentiellement et particulièrement de son intérêt personnel. Je crois que nous ne sommes pas moins intelligents que les autres, mais comme je l’ai écrit ici ou là, faire la politique c’est de changer la vie des gens, en mieux ! ».
Le développement a réaffirmé l’économiste gabonais « c’est cela, c’est apporter l’eau potable. C’est apporter l’électricité. C’est construire les écoles. Imaginer les écoles aujourd’hui pour le baccalauréat, nous avons dans chaque classe 100 ou 150 élèves. Quel baccalauréat voulez-vous qu’ils obtiennent s’ils sont 100 ou 150 par classe ? Comment voulez-vous les gens soient en bonne santé quand dans des hôpitaux que nous construisons à coût de milliards, il y a un manque de médicaments ? Il n’y a pas de plateaux techniques et il n’y a pas parfois des médecins pour s’en est servir lorsqu’ils existent  ».
Pour le président de la Fondation de la Maison de la Jeunesse et de la Culture du Gabon, installée à Oyem, «  la question du développement est large à laquelle il faudra que nous réfléchissions collectivement. A mon avis, c’est d’abord une question de volonté. Est-ce qu’on envie de faire des choses mieux dans son pays comme on les voit ailleurs ? Comme on les apprécie ailleurs dans d’autres pays ».
Tout en relavant que « Nous avons ici et là des réussites. Tenez, je rentre du Cameroun voici un pays qui est particulièrement dynamique où l’autosuffisance alimentaire existe. Allez en Afrique du Sud, vous allez trouver une activité économique industrielle importante. Si vous allez au Maroc vous avez un artisanat qui est développé, une hôtellerie importante. Ici où là, vous trouverez des succès extrêmement importants mais qui sont minimes ».
Considérez le Gabon explique l’ancien ministre délégué aux Finances, « qui a un PIB/habitant de 8.000$, c’est presque l’équivalent de la Bulgarie ou la Roumanie, faites la comparaison vous-mêmes, entre la Santé en Roumanie et au Gabon. Et encore une fois, je crois que nous avons des problèmes de répartition, nous avons des problèmes de choix d’investissement. Nous avons des problèmes de gestion courante tout simplement. Les éléphants blancs on ne les compte pas parce que le travail n’est pas fait sérieusement ».
Avant de conclure en donnant son avis sur la projection des pays africains comme le Gabon d’atteindre l’émergence à l’horizon 2025 : « On en parle plus au Gabon. On en a parlé en 2009, mais plutôt que l’émergence c’est l’immersion au Gabon. Si vous constatez et vous considérez au Gabon pour une population active de 555.000 personnes, vous avez 150.000 chômeurs. Donc 27% de la population gabonaise soit 1 actif sur 3 est au chômage. Sur ce gabonais sur 3, 60% à moins de 35 ans. C’est plutôt l’immersion que l’émergence. C’est bien les mots, encore faut-il les documenter et les alimenter  »
par Philippe Makinalok
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