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©oeildafrique.com 17 novembre 2015

L’ancien président de la commission de l’Union Africaine, Jean Ping revient sur l’actualité internationale et gabonaise. Le futur candidat à l’élection présidentielle au Gabon parle de son principale adversaire, le président Ali Bongo, d’André Mba Obame, l’UA, la Cémac…

Oeil d’Afrique: D’aucun pense que vous voulez par tous les moyens siffler la fin du règne d’Ali Bongo avec lequel vous n’êtes plus en parfaite sainteté et que vous désigné comme le principal responsable de votre défaite face à Mme Zuma ?

Jean PING : Je voudrais d’abord vous dire sincèrement que j’ai définitivement tourné la page de la présidence de la Commission de l’Union Africaine. Je n’en garde aucune aigreur ni rancœur. Je crois avoir servi la Commission de l’Union Africaine du mieux que je pouvais, je laisse donc aux historiens le soin d’en juger.

Ensuite, vous parlez bien du « règne » d’Ali Bongo ! Votre expression n’est donc pas innocente et je crois même que c’est ainsi que celui qui dirige le Gabon se voit et veut que les Gabonais le perçoivent. Je vous rappelle que le Gabon est une République et non une monarchie et celui qui est à la tête de cette République ne règne pas, il dirige et/ou gouverne bien ou mal ; en l’occurrence ici mal. Je ne suis pas le seul à le constater.

Enfin, vous évoquez dans votre question une « parfaite sainteté »que j’aurais eu avec Ali Bongo, erreur là aussi. Je n’ai jamais été en « parfaite sainteté » avec lui. Nous avons eu des rapports courtois dictés par les fonctions et les responsabilités que nous avions dans les gouvernements successifs du président Omar Bongo Ondimba. Et permettez-moi d’ajouter que je n’ai été membre d’aucun courant du Parti Démocratique Gabonais au pouvoir, ni Rénovateur, ni Appéliste et encore moins Cacique ; c’est volontairement que je m’étais mis à l’écart de ces courants.

La situation que nous connaissons aujourd’hui au Gabon ne saurait perdurer au risque de faire sombrer notre pays. Mon souhait est de la voir cesser, mais je suis un républicain et pour moi cette valeur n’est pas négociable. Voilà pourquoi, je suis en train de mettre toute mon énergie et mes moyens pour créer les conditions qui nous permettraient de faire cesser cette dictature insupportable pour le plus grand nombre de Gabonais.

Oeil d’Afrique : Dites-nous Monsieur Jean Ping comment se porte l’économie gabonaise sous l’ère Ali Bongo ?

Jean Ping : Actuellement l’économie gabonaise se porte mal, très très mal. Nous vivons à l’ère de l’économie virtuelle. Les thuriféraires du pouvoir nous vendent à longueur de journée des chiffres de croissance (5%) qui feraient pâlir d’envie certains pays européens ; sauf que dans ces derniers pays, malgré des chiffres de croissance qui tournent autour de zéro, le citoyen moyen vit à peu près normalement même si le chômage et la précarité restent préoccupants, mais les enfants de ces pays ne manquent pas de table-bancs, de toit pour apprendre dans des conditions acceptables, les femmes accouchent dans des hôpitaux pourvus de plateaux techniques modernes. Au Gabon, à quoi correspondent les chiffres que l’on nous vantent tous les jours ? Pour quels résultats ? Regardez la pauvreté grandissante, les élèves qui manquent même, dans certaines localités du pays de tables-bancs pour apprendre correctement, les femmes qui meurent en couche. Je préfère m’arrêter là en vous renvoyant à la recrudescence des grèves qui jalonnent le quotidien de la société gabonaise sous ce que vous avez appelé le « règne » d’Ali Bongo pour juger de la qualité de l’économie gabonaise.

La bonne économie d’un pays ne se mesure pas à l’aune des fora organisés à coup de milliards du type New York Forum Afrique mais plutôt à ses résultats qui devraient être visibles à travers la qualité de la vie des citoyens qui sont censés être les premiers bénéficiaires de cette soi-disant croissance. Pour l’instant nous ne voyons que des maquettes.

Oeil d’Afrique : Vous appréciez les réformes entreprises par le président Ali dans le secteur du Bois ?

Jean Ping : Les mesures entreprises dans le secteur du Bois auraient pu être appréciée si elles avaient été sérieusement préparées et bien muries.

Mais comme à l’image de l’homme qui les avaient initiées, elles ont été brutales et initiées avec amateurisme avec pour conséquence aujourd’hui de nous retrouver avec un secteur du Bois quasiment sinistré.

je vous rappelle que le bois est notre première richesse au Gabon et historiquement le bois a façonné le Gabon. Rien que sur cette base-là, toute réforme qui touche à ce secteur symbolique, mais pas seulement, aurait mérité une étude approfondie préalable et pourquoi pas une concertation préalable avec les acteurs de ce secteur important de notre pays.

Oeil d’Afrique : Le président Ali Bongo compte faire du Gabon un pays émergent à l’horizon 2025 ; quelle est votre opinion par rapport au concept Gabon émergent ?

Jean Ping : Le concept émergent, aujourd’hui à la mode ne gêne personne à condition de créer les conditions sérieuses de la réalisation de cette émergence. Quand je regarde le chemin parcouru par certains pays émergents d’aujourd’hui, je me dis que nous sommes en plein dans l’illusion. L’émergence ça se prépare, à commencer par la formation des futures élites qui mettront en œuvre cette émergence. Quand on constate l’état de notre éducation et notre enseignement supérieur aujourd’hui, du primaire jusqu’à l’université, avec des années scolaires et universitaires constamment inachevées, des moyens qui ne répondent pas toujours aux exigences du monde moderne, l’émergence à l’horizon 2025 me paraît encore un simple slogan, vide de tout contenu.

 

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