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Le Gabon vit un coup d’état permanent

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Interview François de Labarre

A l’approche des élections législatives annoncées le 28 avril, le principal opposant politique d’Ali Bongo Ondimba tacle le président en place et dénonce un pouvoir qui, faute de légitimité, s’exerce par la force.

Paris Match. Le gouvernement gabonais promet des élections “transparentes” pour les législatives du 28 avril. Y croyez-vous ?
Jean Ping. [Rires.] C’est une mascarade. A quelle transparence un président non élu peut-il nous faire croire ? Selon les observateurs de l’Union européenne, c’est moi qui ai gagné l’élection présidentielle de 2016 avec plus de 66 % des voix.

Pourtant une partie de votre coalition va prendre part à ce scrutin.
Cette coalition offre un espace de liberté. Une partie s’est prononcée pour participer aux législatives, une autre y est opposée car elle juge ce régime illégitime. Chacun peut s’exprimer tout en étant responsable de ses actes. Mon rôle consiste à prendre de la hauteur, être à l’écoute des Gabonais et tout faire pour garder cette coalition unie. Je reste convaincu pour ma part que c’est sous ma présidence effective que ces élections devraient être organisées.

La situation des droits de l’homme est particulièrement préoccupante au Gabon

Croyez-vous encore que votre présidence puisse devenir effective ?
Un homme ne peut pas boucher indéfiniment l’horizon d’un pays ! On ne peut pas entrer au XXIe siècle à reculons. On a vu dans certains pays en Afrique, ces six derniers mois, que tout a tendance à se dérouler très vite, y compris en Afrique du Sud. Ma détermination reste entière pour mettre un terme au coup d’Etat militaire permanent en période électorale. Le monde entier sait ce qu’il s’est passé, et le dictateur en place aussi. Nous vivons la même situation depuis 1990 avec des élections truquées, la proclamation de résultats faux et contestés, la répression dans le sang, le “dialogue national” poli puis la redistribution des postes. C’est ce cercle vicieux que nous voulons transformer en cercle vertueux en faisant en sorte que celui qui gagne les élections les gagne vraiment et que celui qui les perd accepte le résultat. Je vous signale au passage que la situation des droits de l’homme est particulièrement préoccupante au Gabon, qui compte de nombreux prisonniers politiques : certains sont incarcérés depuis plus d’un an et subissent les pires tortures. La conjoncture sociale est connue, les syndicats sont privés de liberté. C’est une situation chaotique qui ne peut pas durer.

Ma détermination reste entière pour mettre un terme au coup d’Etat militaire permanent en période électorale.

Vous n’avez pas le droit aujourd’hui de quitter le Gabon. Pourquoi ?
Les autorités ont prétexté que je devais être entendu à titre de témoin dans une affaire dans laquelle j’ai été cité, mais je ne sais pas quand et le juge en charge du dossier a été dessaisi. Tout cela se fait pour des raisons politiques, en violation flagrante des droits fondamentaux et dans le seul but d’intenter à ma liberté de mouvement. Le travail de mes avocats avec le recours en grâce n’a pas abouti. Tout est suspendu à la nomination d’un nouveau juge. C’est donc une manoeuvre dilatoire dans un contexte de dictature et d’autorité arbitraire.

Article paru dans Paris Match

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