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Présidentielle gabonaise : le rapport accusateur des observateurs européens

Un rapport "définitif", et plutôt deux fois qu'une. L'Express dévoile le contenu du document qui sera rendu public ce lundi à Libreville. Et qui confirme l'ampleur d'une fraude de nature à "mettre en question" le résultat final du scrutin.

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Publié le 12 décembre 2016  ©lexpress.fr

Un rapport « définitif », et plutôt deux fois qu’une. L’Express dévoile le contenu du document qui sera rendu public ce lundi à Libreville. Et qui confirme l’ampleur d’une fraude de nature à « mettre en question » le résultat final du scrutin.

Le « rapport définitif » de la Mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE-UE) sur le scrutin présidentiel gabonais du 27 août dernier, conduite par l’eurodéputée bulgare Mariya Gabriel, doit être présenté ce lundi à Libreville. L’Express est en mesure d’en révéler dès ce matin le contenu.

Si, conformément à la tradition en vigueur en la matière, le ton du texte est mesuré, son contenu n’en demeure pas moins accablant. Surlignée par nos soins dans le document dévoilé ci-après, une phrase en page 5 du résumé introductif suffit à établir l’ampleur de la fraude électorale orchestrée par le clan du président sortant, Ali Bongo Ondimba : « Ces anomalies mettent en question l’intégrité du processus de consolidation des résultats et du résultat final de l’élection ». En clair, la mission de l’UE, loin de se retrancher derrière les formules convenues volontiers dégainées par les observateurs des processus électoraux africains – genre « les dysfonctionnements relevés, quoique regrettables, ne sont pas de nature à inverser le sort de la consultation »-, établit qu’il y a lieu de douter du verdict tel que validé par un Conseil constitutionnel inféodé au pouvoir. Elle confirme, chiffres à l’appui, que le chef de l’Etat sortant doit sa « victoire » à son triomphe miraculeux dans la province du Haut-Ogooué, fief de la famille Bongo.

Le préambule évoqué ici fait également état des menaces visant les membres de la mission, ainsi que de la « campagne » visant à les discréditer, campagne menée « y compris à travers des déclarations de représentants des autorités gabonaises ».

En dépit de la gravité des atteintes à la sincérité du scrutin, la MOE se borne à émettre des recommandations censées « contribuer au renforcement du cadre électoral en vue des prochaines échéances ». Logique : elle n’a ni le pouvoir, ni le mandat de tirer des conclusions politiques de son constat factuel. C’est à l’Union européenne, et aux pays qui la composent, de déterminer dans quelle mesure le dévoiement des instruments de la démocratie doit affecter les relations futures avec Libreville.

Extrait du rapport de la MOE-EU sur les élections au Gabon.Le diplomate et les pousse-au-crime

La Realpolitik a ses limites. Si la France officielle ménage le clan Bongo, il est des offenses qui ne passent pas. Le 14 octobre dernier, Le Douk-Douk, quotidien satirique réputé proche du Palais, accuse Hugues Nordi, premier conseiller de l’ambassade de France à Libreville, d’avoir ourdi un coup d’Etat pour le compte de son « ami » Jean Ping. Et invite « tous les Gabonais habités d’un minimum de patriotisme à abattre cet homme nuisible ». « En clair, un appel au meurtre », s’insurge-t-on dans l’entourage de Jean-Marc Ayrault. Sur instruction du Quai d’Orsay, l’ambassadeur Dominique Renaux saisit aussitôt le Conseil national de la communication local. Lequel se borne à infliger à la gazette incriminée une suspension d’un mois.

Déjà, au plus fort de la répression des émeutes anti-Bongo, qui atteindra son paroxysme avec l’assaut à l’arme lourde lancé sur le QG de l’opposition, Paris avait adressé au président sortant une mise en garde explicite, qu’un « Africain » du Quai résume ainsi: « Pas touche à Jean Ping. Sa sécurité, c’est la ligne rouge. Assez de conneries comme ça. » « Les proches d’Ali, avance un autre initié, ont bien tenté de nous faire le coup des intérêts français sur place. Mais l’argument ne tient plus. Le pétrole gabonais, c’est 2% de la production de Total. Alors que nos sociétés emploient in situ 30000 salariés. »

 

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